Streaming illégal : ce qu'une étude européenne révèle sur l'échec des blocages

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Depuis 2017, le piratage de films en Europe a nettement reculé. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est ni le résultat des blocages judiciaires, ni celui des amendes, ni même des pressions sur les VPN. Le véritable moteur de cette baisse ? L’essor de Netflix. C’est ce que met en lumière un rapport européen publié en avril, qui passe au crible et remet sérieusement en question, la stratégie française, aujourd’hui l’une des plus offensives du continent. 


Le streaming illégal recule en Europe : mais grâce à quoi, exactement ?


Les chiffres de l'EUIPO (Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle) sont sans ambiguïté : entre 2017 et 2023, le nombre de visites mensuelles sur des sites de streaming illégal de films est passé de 2,6 à 0,9 par internaute européen. Une baisse de plus de 65 % en six ans. Impressionnant.

Sauf que cette courbe descendante ne doit rien aux blocages judiciaires, aux amendes, ni aux procédures accumulées contre les fournisseurs de VPN.


Netflix comme réponse là où la justice échoue


La coïncidence temporelle est trop nette pour être ignorée : la chute du streaming illégal de films s'accélère exactement au moment où Netflix, puis Disney+, Amazon Prime Video et leurs équivalents locaux s'imposent comme la norme de consommation. Des plateformes plus accessibles encore, comme Molotov, permettent même de regarder des films en streaming sans abonnement obligatoire. L'offre légale s'est rendue disponible, abordable, et surtout plus simple d'accès que les alternatives pirates.


C'est la conclusion que tiraient déjà plusieurs études comportementales avant même ce rapport : la commodité prime sur la gratuité. Un internaute ne prend pas le risque d'un site douteux, d'un lecteur cassé ou d'une pub intrusive si une interface propre lui propose le même film pour quelques euros par mois, voire gratuitement. (C'était pourtant prévisible depuis le début.)


Ce que disent vraiment les internautes européens


Parmi les Européens qui recourent encore au streaming illégal, 43 % déclarent qu'ils y renonceraient si les prix des plateformes légales baissaient. Côté non-pirates, 44 % d'entre eux citent la disponibilité légale comme raison principale de ne pas pirater.

Ces deux chiffres, issus d'une enquête menée auprès de 25 824 Européens et repris dans le rapport CEPS, disent la même chose : c'est l'accessibilité qui détermine le comportement, pas la peur d'une sanction.


Pourquoi la stratégie française se heurte à un mur ?


Depuis 2022, la France mène la politique de blocage la plus offensive du continent. Canal+ a procédé par couches successives : fournisseurs d'accès à internet, résolveurs DNS alternatifs (Google, Cloudflare, Cisco), réseaux CDN, proxys, et enfin VPN. En mai 2025, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à NordVPN, Proton, Surfshark, CyberGhost et ExpressVPN de bloquer 203 domaines de streaming illégal sportif.. En mars 2026, la Cour d'appel de Paris a confirmé les injonctions visant les résolveurs DNS alternatifs.


Le rapport CEPS qui met les chiffres sur la table


Publié en avril 2026 et signé par trois chercheurs du Centre for European Policy Studies, le rapport The Benefits and Costs of Website-Blocking Legislation passe au crible les dispositifs anti-piratage des 27 États membres. Son verdict est sévère : les mesures de blocage produisent des effets de courte durée, exposent l'internet légitime à des interruptions accidentelles, et font peser la totalité des coûts sur des acteurs qui n'ont commis aucune infraction ; hébergeurs, résolveurs DNS, réseaux de diffusion.


Deux clics pour rendre les filtres inutiles


Voilà ce qu'il faut retenir : la méthode de filtrage la plus répandue — le blocage DNS — devient largement inopérante dès qu'un utilisateur active le chiffrement des requêtes DNS via les protocoles DoH (DNS over HTTPS) ou DoT (DNS over TLS). Ces options sont intégrées nativement dans Chrome et Firefox et s'activent en deux clics dans les paramètres.


Ce que les données recommandent : miser sur l'offre légale


La leçon des six dernières années est claire, même si elle reste difficile à entendre pour les partisans de la répression : le streaming illégal recule là où l'offre légale progresse, et résiste là où elle reste fragmentée ou trop chère.

La fragmentation des droits sportifs est d'ailleurs pointée dans l'étude comme un carburant direct du piratage : lorsqu'il faut cumuler trois ou quatre abonnements pour suivre l'ensemble d'un championnat, une partie du public cherche et trouve des alternatives.